Le cheveu est politique; de l’acceptation de mon métissage à travers mes cheveux

d3876c1b6fb4acba8de9323be8fb49b5305ce728_hq

 

Je m’étais promis de ne pas parler de moi trop tôt. MAIS alors que je tournais et virais dans mon lit lors de ces chaudes nuits d’été, j’ai pensé à ce sujet et je me suis dis « Oui bon tu t’en fous c’est ton blog tu fais ce que tu veux non? ». Et comme effectivement je fais ce que je veux, allons-y!

 

tumblr_inline_o3w7vp2mja1s1m2v2_500

 

Il va sans dire que je me base sur ma propre expérience et que les propos sur mon ressenti n’engagent que moi et qu’il n’y a pas d’injonction pour vous à faire quoi que ce soit, chacun est libre de ses cheveux! Je vous mettrais en fin d’articles des pistes de réflexions sur les cheveux et notamment afro puisque c’est en partie de ça que nous allons parler! 

 

La petite enfance :

Pour vous situer un peu la chose, je suis née de mère française et d’un père noir réunionnais (de plusieurs origines). Je n’ai pas connu mon père dans l’enfance et ait été élevée par ma grand-mère maternelle, du côté blanc de la famille donc, sans lien avec la partie noire. Petite j’étais déjà plus foncée que maintenant mais mes cheveux de bébés semblaient particulièrement dociles et faciles à coiffer même si on me les coupait régulièrement. Pas vraiment de soucis donc me direz vous. En effet, c’était plutôt la période ou l’on s’extasiait sur ce bout de chou si mignon avec tous ses cheveux et rohlala elle est moins foncée que son père elle est à croquer. J’étais la première petite fille de ma grand-mère et en plus la seule personne de ce côté à ne pas être blanche donc je vous laisse imaginer l’effet que le mini-moi a produit.

 

IMG_20170507_201553119
Swagitude et petites couettes

 

L’enfance et la praticité:

Les choses commencent à se corser en grandissant. Mes cheveux sont moins doux, moins dociles, plus nombreux, plus épais, BREF c’est une catastrophe. Ma mère-grand a beau avoir eue des enfants, aucun n’avait de cheveux de ce type (ma mère est plutôt du type très lisse) et force est de constater qu’elle ne sait pas quoi en faire. Le matin elle me brosse les cheveux mais ça me fait mal, elle en a marre, elle n’arrive pas à dompter tout ça. Ajoutez à ça les nœuds, la peur des poux ect et vous aurez bien vite la solution qui se profilera: Coupez moi tout ça!

 

Edward-edward-scissorhands-22305811-500-250

 

C’est ainsi que j’ai passé la majeure partie de mon enfance avec les cheveux très très courts. Au début je n’aime pas ça mais ça a l’air d’arranger mère-grand, et puis finalement comme ça plus besoin de passer milles ans à tout coiffer.

IMG_20170718_112209435
Le swag s’en est allé…

 

Ajouter à cela un facteur important; là où j’habite je n’ai que très peu de modèle à qui m’identifier, je suis dans un milieu majoritairement blanc. Alors je pense que dans ma tête j’essaie de me convaincre que je suis blanche. J’irais même plus loin; j’ai envie de renier ce qui fait que ne colle pas à ce milieu. Des fois, quand mes cheveux ne sont pas coupés tout de suite, ils commencent à faire un mini afro dont les garçons se moquent dans la cour de récré. Je n’aime pas ça. Ça ne me gâche pas la vie mais j’aimerais bien qu’on oublie les petites différences qui me caractérisent et les cheveux en font partie.

 

bqZpW
Moi quand je repense à cette période

 

L’adolescence et l’envie de coller aux codes:

L’adolescence c’est difficile pour tout le monde. J’ai eue quelques chamboulement familiaux, j’ai pris du poids, j’ai déménagé loin de mes amis, tout semblait fait pour que je me sente le mieux possible dans ma peau. (Non.)

Une chose est certaine cependant; je ne veux plus me couper les cheveux. Me voilà vacciné contre les coiffeurs. Je fais exception à une seule occasion; un mariage. Je vais avec des femmes de ma famille me faire faire un chignon chez une coiffeuse plutôt gentille qui, pour faciliter la tache, me lisse les cheveux. C’est le choc. Je me trouve jolie. Mes cheveux ont l’air plus doux, plus brillants, je peux passer les doigts dedans sans rester bloqué trois ans ou m’arracher le cuir chevelu.

 

tumblr_m39d371d9Y1qi2p0xo1_500

Du coup je me procure un lisseur et c’est parti! Mon père avec qui j’ai repris contact m’engueule parce qu’il trouve que je renie mes origines. Ça me mets en colère et je me lisse encore plus les cheveux.
Tout le monde me dit que ça me va bien. Et le piège est là.
Je fais cette réflexion parce que ça m’a vraiment touché et perturbé: On m’a dit plusieurs fois; « Ouah ça te va trop bien les cheveux lisses, tu devrais te les lisser tout le temps » (sic) et sa variante plus direct « Tu es beaucoup plus jolie les cheveux lisses! »

 

giphy (1)

A cette époque je n’ai pas le recul nécessaire et je suis en quête d’acceptation. J’aimerais être plus mince, plus blanche, avoir les cheveux lisses.

Une fois, alors qu’il pleut je vais au lycée et mes cheveux frisent à la vitesse grand V. Un garçon que je connais à peine (je me souviens de ton nom Quentin, prends garde à toi!) passe sa main dans mes cheveux sans me demander et rigole en s’exclamant; « Aha trop mignon on dirait un petit mouton! ».

Autant vous dire que je ne suis pas prête de lâcher mon lisseur.

 

386169_2491461498504_1413762570_n
Alors en plus je poussais toujours les contrastes à fond pour paraître la plus blanche possible. Tout va bien.

 

L’acceptation :

Les choses ont un peu changé en arrivant à la fac. Dans un premier temps je continue à me lisser les cheveux de temps en temps, j’investis même dans un lissage brésilien fort coûteux (que je regrette presque aussitôt).

Mais petit à petit, je commence à m’intéresser à plusieurs choses. L’afroféminisme, l’anti-racisme, les questions d’images, la variété des corps, les soucis de représentation dans les médias….
Tout ça m’amène à me remettre en question, à m’accepter et finalement, accepter mon identité et mes cheveux.

 

IMG_20170515_221827017
Photo de qualitey n’est ce pas?

J’apprends encore à prendre soin d’eux, à les chouchouter et ne plus les renier. Ce n’est pas toujours facile et j’ai parfois envie de me cacher sous terre quand on me fait une réflexion, même minime dessus mais j’essaie d’aller au delà et d’assumer la flamboyance des boucles et des frissotis!

 

3106f6a3

 

Conclusion;

-Ce sont des préoccupation au delà d’une « simple » chevelure. Ce n’est pas qu’une question d’esthétisme mais d’un ensemble de critères sociaux et culturels qui amènent certaines personnes à ne pas trouver leur place.

-Dans mon cas, les cheveux ont accompagnés mes insécurités sur mes origines et mon identité, ce n’est pas le cas de tout le monde mais je sais que accepter mes cheveux a aidé à m’accepter totalement en tant que personne.

-Je me plains je me plains mais j’ai conscience d’avoir des privilèges. Je n’ai pas la peau « trop » foncée et certaines femmes ont plus de difficultés à faire accepter leurs cheveux qui sont plus frisés ou crépus et je vous encourage à vous renseigner et lire des témoignages, notamment sur le mouvement Nappy!

-Le cheveu est un enjeu politiques, quelques pistes de réflexions;

Le Nappy?

Peut on dépolitiser nos cheveux?

Une vidéo réflexion sur la question des cheveux et pourquoi ce ne sont pas « que des cheveux !(N’hésitez pas à regarder toute la chaîne qui vaut le détour!)

L’afroféminisme kézako?

Standards de beauté et colorisme

 

 

 

J’espère que cet article ne vous a pas déplu ou que vous ne l’avez pas trouvé trop narcissique! Sur ce, See you nara!

 

Doctor_who_wave_hello_hi_gif

Publicités

3 commentaires sur “Le cheveu est politique; de l’acceptation de mon métissage à travers mes cheveux

Ajouter un commentaire

  1. Hey!

    Je trouve que c’est un très bon article, et que tu as bien fait de l’écrire 🙂
    Comme je te connais personnellement depuis de nombreuse année j’ai pus voir ton mal être, sans forcément l’associé a ton métissage. J’espère ne pas avoir pus, dans le passer, ou même récament, appuyer dessus involontairement.

    En tout cas, sache que pour moi, tu est un modèle à suivre sur l’acceptation de sois. Tu es, selon comment je te perçois, une jeune femme qui à appris à accepter son métissage, sa morphologies, et surement tout plein d’autre truc au fils du temps.

    Car le plus important c’est de s’aimer, mais c’est sûr que c’est beaucoup plus difficile quand on ne rentre pas dans les dictâtes de beauté que la société nous rabâche un peu partout, mais être « différente » ne veux pas dire qu’on n’est pas jolie (j’ai un doute pour la formulation de la phrase, si c’est bien le message que je veux faire passer) Pour moi tu est la preuve également ❤

    J'aime

  2. J’aime beaucoup ton article et je m’y retrouve totalement.
    Je suis antillaise, kemite(noire),cheveux crépus. J’ai passé mon enfance et une partie de mon adolescence dans des établissements privés où il n’y avait que des blancs(90%), donc j’ai connu les mêmes brimades que toi et je me suis très tôt défrisé les cheveux. Ensuite, c’était les tissages,extensions et j’en passe. Jusqu’à que que je perde mes cheveux. Et là, je me suis remise en question: pourquoi je fais çà? Qu’est ce qui me pousse à me faire autant de mal? Tout çà pour me sentir belle et me faire accepter? D’ou Me vient ce sentiment de non acceptation?
    Bref, après ce grand chamboulement, j’ai décidé d’accepter ma différence. Je fais des recherches sur mes véritables origines et j’apprends plein de chose. Çà me redonne confiance en moi.
    Donc, oui le cheveu est politique, c’est un phénomène de société et il faut en parler.

    J'aime

  3. Salut !
    Je découvre ton blog à travers Libère Lilith, et je dois t’avouer que je me retrouve beaucoup dans cet article ! Déjà, je te confirme (mais tu n’avais pas besoin de ma confirmation je pense) que tu as bien fait d’écrire cet article. Ça va en effet bien plus loin que la simple esthétique, les cheveux afro ou des afrodescendants sont une histoire d’identité Je me suis profondément retrouvé dans ton désir (passé) d’être blanche, l’ignorance même que tu ne l’étais pas pendant ton enfance. Il est extrêmement difficile de s’accepter et de s’aimer quand tous nos référentiels sont blancs.
    Si tu as l’occasion, procure toi le livre Afro ! de Rokhaya Diallo, je suis sûre que tu t’y retrouverais parfois.
    Merci pour cet article, je vais continuer de découvrir ton blog avec passion,
    Bien à toi,
    Elena&Xena
    http://missmeow.fr

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :